Mesrine : l'ennemi public n°1
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Date de sortie : 2 juillet 2009
Support : DVD
Genre : Policier
Réalisateur : Jean-françois Richet
Acteur(s) : Vincent Cassel, Gérard Lanvin, Ludivine Sagnier, Mathieu Amalric, Olivier Gourmet, Alain Fromager, Anne Consigny, Christophe Vandevelde
Synopsis :
Egalement disponible en Blu Ray
De retour du Canada, Mesrine est toujours recherché par la police. Mégalo, presque superstar, il joue le jeu des médias et s’amuse de ceux qui le recherchent, plus particulièrement le commissaire Broussard. Couvertures de journaux, évasions spectaculaires, « Jacko » est LE gangster français de son époque et alimente sa propre légende. Mais pour combien de temps encore ce marginal proclamé peut-il passer entre les mailles du filet ? Combien de temps avant qu’il ne soit pris à son propre jeu ?
JM VIDEO
Critiques : FOCUS : MESRINE de Jean-François Richet (2009)
De ce projet monstre et étonnement gonflé (du point de vue étriqué français, of course), on en attendait pas tant ! Car à chaque fois que le renouveau du polar hard boiled français est annoncé, il pêche soit dans la forme, soit dans le fond. Depuis le milieu des années 80 et la fin de l'heure de gloire des Corneau, Boisset, Verneuil & co, rien de bon à se mettre sous la dent. Autant dire que le diptyque Mesrine, on l'attendait au tournant avec autant d'appréhension que de bave aux lèvres, car s'il y a un réalisateur français qui a su prouver en un rien de temps une efficacité de mise en scène hors pair et un savoir-faire dans le polar, c'est bien Jean François Richet...

....je dis ça mais en même temps rien de vraiment objectif dans mon argumentation car le seul film vu du bonhomme avec L'instinct de mort, c'est son remake du Assault de John Carpenter, le bien nommé Assaut sur le central 13. Vu en DVD avec beaucoup de scepticisme, le film m'avait bluffé par le style de Richet, épatant de justesse et d'efficacité, qui signait avec modestie le meilleur film d'un français aux Etats-Unis, à ranger aux côté du Narc de Joe Carnahan pour la noirceur et l'ambiance. Bref, enfin du cinéma digne des 70's glorieuses, taillant dans le gras et le pathos pour ller à l'essentiel !

Bizarrement même après ce bon kiff de cinoche de genre, l'envie de voir les autres films de Richet ne m'avait pas tarabusté plus que ça, n'étant pas trop un fan des films dit de banlieue.. Bon, passons sur le passé et direction l'actualité ! Auparavant, évoquons rapidement l'historique de Mesrine au cinéma. Depuis la mort du gangster, un seul film a vu le jour, Mesrine de André Génovès, sorti en 1983, hanté par la prestation impressionnante de Nicolas Silberg. Le film est assez pesant, filmé comme un épisode du Commissaire Moulin anémique. Découvrir que Belmondo avait mis des billes à l'époque pour une adaptation ciné, avec l'accord tacite de Mesrine (avant sa mort) et que les noms de Georges Lautner, Yves Boisset, Costa-Gavras ou Alain Corneau circulaient dans la liste des réalisateurs envisagés, laisse encore rêveur quant au grand film qui aurait pu sortir à la place de celui de André Génovès à l'époque... (pour plus d'infos sur le sujet, et jusqu'à la production de l'actuel Instinct de Mort, il faut lire cet excellent article publié par Le Monde.) Aucun doute, Richet a suivi la trajectoire idéale : embarqué aux Etats-Unis pour éprouver son amour du cinéma au pays de la mise en scène, il y a pondu un vrai petit bijou de série B. De retour à la terre natale, il se paye le luxe improbable de 1°/ confirmer son talent 2°/ sur une grosse production 3°/ soumise à la frilosie bétasse des investisseurs franco-européens et 4°/ en s'attaquant à la dernière et sulfureuse mythologie héroïque de notre beau pays.

Parce que Jacques Mesrine, c'est pas rien. Braqueur, tueur, érotomane, individualiste, écrivain, chantre de la révolte et de la soumission face à la collectivité état-nation-société toute puissante, comédien, pitre, provocateur, on en passe et des meilleures. Ajoutez à cela le culte du personnage, passé du bonhomme vivant à ses livres longtemps introuvables, et vous avez un joli défi sur les bras. Richet, et non seulement Richet mais aussi Cassel pour l'interprétation de Mesrine, vous relèvent le défi avec classe. Avec classe ? Oui, parce qu'avec simplicité. Pas de discours sous-jacent, pas de tentatives d'interprétations idéologico-politico-philosophiquo-patatresques, mais la vie d'un homme voué à l'action contre l'ordre établi. Point barre. Pas d'angélisme ni d'idéalisation, mais de la mise en scène sèche et précise (Dieu, que c'est rare en nos contrées !), un sens du rythme qui paraît inné (mais qu'on sait acquis à la culture du cinéma d'outre-atlantique) mêlant à merveille temps forts et faibles, scènes intimes et scènes d'action pure, le tout dans un respect assez dingue de l'autobiographie audacieuse de JM. Pour preuve qu'une telle mise en scène n'est pas synonyme d'aplatissement psychologique et de simplification morale, il n'est qu'à apprécier l'ambivalence totale du personnage, violent jusqu'à la mort et généreux jusqu'à la folie, victime et bourreau, maître de ses impulsions et esclave de son instinct, amant magnifique et mari dégueulasse, vrai beau salopard en somme.

Pour preuve aussi qu'une telle mise en scène n'est pas contradictoire avec cinéma d'auteur, il n'est qu'à se régaler du long épisode américo-canadien, aussi fidèle à l'expérience réelle de Mesrine qu'à la passion de Richet pour les glorieux topos du cinéma de genre ricain (courses-poursuites, braquages, enfermement carcéral, évasion en temps réel,...). Pour preuve enfin qu'une telle mise en scène n'est pas sans intelligence critique, il suffit de voir : la brève et cruelle séquence algérienne, la maligne identification-opposition de Mesrine à De Gaulle, et foule de très modestes finesses de scénario (bravo à Abdel Raouf Dafri) et de scénographie.
Instinct de Mort : 5/6
L'ennemi Public n 1 : 4.5/6
Sébastien Auger pour JM Video
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